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Le rire n'a jamais été roi dans la littérature romande, longtemps corsetée par la double congrégation des pasteurs et des professeurs, éteignoirs s'il en fut. Or, une quinzaine d'années après les Nains de jardin de Jacques-Étienne Bovard, qui fit un tabac en nos régions, Antonin Moeri élargit la brèche dans l'esprit de sérieux et de «profondeur» typiques de ce qu'on a appelés l'«Âme romande», avec la majuscule requise. On pense, en lisant le recueil de nouvelles Tam-tam d'Éden, aux meilleurs de nos humoristes de scène, tels Zouc ou François Silvant. Mais l'écrivain ne s'en tient pas au croquis ou au bon mot, au gag ou à la vanne de bistrot. Ses personnages ne sont pas «épinglés» mais observés avec amitié. Le type qui n'en peut plus de supporter les beuglements d'amour et la musique tonitruante de ses voisins, débouté par les flics et la justice, et réglant le problème en trois coups de Smith et Wesson, ne devrait pas nous faire rire plus que certain forcené de Bienne. Mais l'humour de Moeri ressemble assez à celui du populo, qui mêle volontiers tragique et comique…
Jean-Louis Kuffer, 24 Heures |